Conditions de vie et bien-être des familles en Languedoc : Les enseignements clés de l’O.A.S.T 2026
Vendredi 20 mars, nous étions présents aux côtés de nos partenaires lors de la matinée de restitution des travaux de l'Observatoire de l'Action Sociale des Territoires (OAST). Cet outil stratégique piloté en collaboration avec l'UDAF Lozère, de l'Hérault et la MSA du Languedoc, a permis de mettre en lumière des réalités et des niveaux de précarité des familles de nos territoires.
Grâce aux 2137 réponses collectées, cette année, les restitutions des recherches de Benoît Prévost, Professeur des Universités en Sciences Économiques et de Yoanna Rubio, docteure en Anthropologie Sociale et Historique, ont permis de croiser les réalités familiales vécues dans nos 3 départements.
Les études révèlent le portrait des conditions de vies des familles dans notre région. Ainsi, les chercheurs ont présenté leurs résultats, au travers de trois grands axes :
- Le niveau de vie des ménages et leurs conditions de vie
- L’échelle du bonheur vécu et perçu par les familles
- Les trajectoires de vie des jeunes en milieu rural face au conformisme des territoires.
Le niveau de vie des ménages et leurs conditions de vie
Caractérisée par une forte pauvreté, la Région représente une diversité de ménages dont la plupart en zone rurale, sous l’influence des grandes villes. Quel est leur niveau de vie ou encore que révèlent l’analyse de leurs conditions de vie ?
Des résultats probants qui dressent un niveau de vie des ménages de la région qui « est à 65 % du niveau de vie moyen des autres ménages en France ». En parallèle, le chercheur Benoit Prévost constate une dégradation des conditions de vie des ménages pauvres. Les ménages actifs (30-49 ans) sont aussi confrontés à une baisse de leur niveau de vie. Des éléments qui découlent d’un sentiment généralisé ressenti par les ménages quant à la baisse de leur pouvoir d’achat.
Le travail et l’échelle du bonheur : le paradoxe des ménages pauvres
Si l’échantillon se voulait représentatif des pluralités des ménages, on note notamment parmi les répondants une forte représentation de la classe populaire (36% d’employés et 26% de professions intermédiaire). Le travail participe-t-il encore au niveau de bonheur des ménages ?
Selon les résultats, non. Malgré un revenu supérieur au seuil de pauvreté (1 288 euros), les personnes en emploi à temps plein, sont sensiblement en situation de précarité persistante. En effet, la moitié de l’échantillon est positionnée dans le « halo de pauvreté » qui s’élève à 1 503 euros, juste au-dessus du seuil de pauvreté. Un positionnement qui appelle à questionner le seuil de déclenchement des aides sociales, dans un contexte global de perte du pouvoir d’achat ressenti par les ménages.
Dans le Gard particulièrement, le niveau de vie moyen est de 1 032 euros. Au-delà des différentes formes de précarité, les ménages, particulièrement les plus pauvres, ont déclaré être heureux (7 sur une échelle de 0 à 10), illustrant une intériorisation des conditions de vie et des « économies de la débrouille » dans les ménages, révélées par l’enquête de Yoanna Rubio en 2024.
Qu’il s’agisse d’agriculteur.ice.s, d’artisan.e.s et commerçant.e.s, d’employé.e.s ou d’ouvrier.e.s, nombre des ménages qui ont répondu vivent des précarités cumulées et un nombre conséquent d’entre eux.elles n’est pas heureux et a le sentiment de vivre une vie qu’ils.elles n’ont pas choisi.
Benoît Prévost
Les jeunes en milieu rural : quelles sont leurs trajectoires de vie possible ?
En deuxième partie de matinée, l’anthropologue Yoanna Rubio, a présenté les résultats de son étude consacrée aux trajectoires de vie des jeunes en milieu rural. Là aussi, de multiples formes de précarités, notamment sociales sont abordées.
Les parcours professionnels ou de formation des jeunes en zones rurales sont soumis à une forte pression sociale exercée par les pairs. Les filles notamment subissent particulièrement une pression au conformisme social et des normes de respectabilité plus fortes.
La relation au territoire est également particulièrement forte chez ces jeunes. Les divers échanges avec l’anthropologue ont mis en lumière un conflit intérieur des jeunes ruraux, tiraillés entre l’envie de quitter leur territoire et leur attachement à celui-ci.
Enfin, le sujet des jeunes aidants est au coeur de leur trajectoire de vie. L’aide intrafamiliale et intergénérationnelle est profondément ancrée dans leur quotidien. Des jeunes aidants qu’il reste à accompagner. Cette question fait actuellement l’objet d’un mémoire de recherche réalisé par Dora Ouoba, étudiante en Master Intervention et Développement Social.
Face à ce constat, quel est le rôle des acteurs de l’Action Sociale et des politiques publiques déployées ?
Ces enquêtes confirment tout l’intérêt à travailler auprès de ces ménages, souvent isolés des zones rurales, tout comme ceux des zones rurales à proximité des villes, des petits villages en perte de vie culturelle et sous influence des grandes aires urbaines.
En effet, l’enquête révèle un grand nombre d’entre elles en situation de précarité, mais dont, paradoxalement ; elles n’ont pas forcément toujours conscience. Les courses, le médecin, les services sociaux, les espaces culturels, les ressources budgétaires, le coût de l’énergie, le travail qui ne subvient plus, sont autant de forme de précarité vécues par les familles.
L’OAST représente un premier outil de réponse en apportant un vivier de ressources stratégiques et précieuses. Il offre l‘opportunité d’ouvrir les débats et d’éclairer les politiques publiques en ouvrant des espaces de questionnements ainsi que des pistes de coordination entre tous les acteurs de l’Action Sociale.
Il est au service direct notre mission commune qu’est de Représenter et Défendre les familles de nos territoires, dans toute leur diversité et au plus proche de leurs conditions de vie en Languedoc.